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Un conférence sur le mal-logement au Minimistan

Soirée spéciale dédiée aux nouveaux bénévoles au Minimistan le 12 mai dernier, avec un temps fort d’information sur le mal-logement.

Après une visite commentée de l’exposition photographique Considérables ! inaugurée fin mars, puis un film présentant les différentes activités d’Un Toit Pour Tous, une cinquantaine d’auditeurs engagés dans les différents groupes de l’association ont eu la chance de bénéficier d’une « formation express » de haut niveau sur le mal logement.

Condensée certes, et pourtant extrêmement apprenante et pour le moins motivante : impossible, à la fin de la session, de douter du sens de son engagement !

 

L’Observatoire d’Un Toit Pour Tous : un outil d’analyse et d’interpellation

À deux voix, René Ballain, président de l’Observatoire de l’hébergement et du logement, et Marie Guillaumin, responsable salariée, ont en effet livré une démonstration, sans appel et chiffres à l’appui, de la gravité d’une crise qui se joue au croisement des difficultés économiques et sociales de notre pays.

Une mise en lumière du rôle de l’Observatoire de l’hébergement et du logement, producteur des études indispensables à l’activité d’interpellation et d’alerte de l’association. Car c’est grâce à ce type d’analyse parfaitement documentée, qu’il est possible de peser sur les choix politiques nationaux, comme par exemple le projet de plan de relance du logement annoncé par le gouvernement.

 

Le mal-logement, une présentation choc…

…par le contenu bien sûr, mais aussi, pour ceux qui l’ont connu, du fait du lieu. La salle dite de l’évènementiel du Minismistan était, jusqu’à sa fermeture, un des espaces du Foyer de l’Étudiante, qui logeait en plein quartier Alma Très Cloîtres, aujourd’hui ciblé quartier prioritaire de de la politique de la Ville, des jeunes filles venues de familles peu aisées faire leurs études en France. Un lieu emblématique !

En partant de la genèse d’une notion qui fut développée par les bénévoles de l’ancienne Fondation Abbé Pierre, aujourd’hui Fondation pour le logement des défavorisés, dont René Ballain fut un des promoteurs, les deux intervenants ont su captiver l’attention du public.

La problématique fut déployée de façon très structurée, d’une façon que les chiffres bruts ne peuvent à eux seuls suffire à décrire, bien qu’ils soient frappants :

  • un taux d’effort dans le budget des ménages de + 6% en cinq ans, accentué pour les ménages les plus modestes
  • la baisse continue des aides au logement, moins 4 milliards depuis 2017
  • le doublement des expulsions locatives en trois ans seulement (de 15 à 30 000)
  • environ 350 000 personnes sans domicile à l’échelle du pays
  • 2,8 millions de demandeurs de logement social au 1er janvier 2025, un nouveau record

 

Le mal-logement, trois âges et cinq critères

L’histoire du mal logement depuis 1945 peut se caractériser par trois phases distinctes :

  • Jusqu’aux années 60, le mal-logement est principalement associé à la pauvreté et au sans-abrisme,
  • À partir des années 70, la question des logements inadaptés émerge progressivement (logements vétustes, au confort minimal, de taille insuffisante pour les familles…),
  • Depuis les années 1990, s’ajoutent les difficultés d’accès et de maintien pour les plus défavorisés.

La grille d’analyse développée par l’Observatoire permet de définir, actuellement, cinq « états » du mal-logement :

  • l’absence de logement personnel et l’abri précaire,
  • les difficultés d’accès au logement,
  • des conditions d’habitat dégradées (logement non-décent, habitat indigne),
  • des difficultés à se maintenir dans son logement,
  • et enfin, le blocage des parcours résidentiels et les inégalités territoriales.

 

Le mal-logement, qu’en est-il en Isère ?

Dans notre département, 1 610 personnes sont sans abri ou en abri précaire, alors que le dispositif d’hébergement d’urgence n’offre que 2 050 places, toutes occupées. On assiste de ce fait à une concurrence entre les publics, avec des pratiques de tri, ce qui fait froid dans le dos. Une femme enceinte de 8 mois sera prioritaire par rapport à une femme enceinte de 4 mois. Des enfants en bas âge seront prioritaires par rapport à des enfants d’âge moyen.

Le dispositif d’hébergement d’urgence (le 115) est embolisé, avec 65 % des demandes qui ne sont pas satisfaites (6 demandes pour une place). Quant aux difficultés d’accès au logement de droit commun, elles sont accentuées par l’écart entre le nombre de demandes et la disponibilité des logements.

Le parc privé est faiblement mobilisé, alors que le parc social est insuffisant.

En 2024, en Isère, 11 400 nouveaux ménages ont demandé un logement social, pour 2 400 attributions seulement. En outre, 17 communes ne répondent pas aux obligations de la loi Solidarité et renouvellement urbain (soit 20% minimum du parc de logement constitué de logements sociaux).

 

De lourdes conséquences : recours à des logements indignes et non-décents, fracture de la mobilité résidentielle

En effet, concernant les conditions d’habitat, outre l’augmentation considérable de la précarité énergétique (que le projet de loi gouvernemental pourrait aggraver en remettant sur le marché des logements étiquetés F ou G pour leur performance énergétique), l’habitat indigne est malheureusement un recours par défaut. Estimé à 450 000 logements au niveau national (indice de parc privé potentiellement indigne), il serait de 600 000 en réalité d’après la Fondation pour le logement des défavorisés. Moisissures, infiltration, insalubrité, locaux impropres à l’habitation… qui pèsent sur la santé physique et mentale des occupants.

Enfin, la mobilité résidentielle, c’est souvent de la rue au CHRS puis retour à la rue. Dans le parc social, le taux de rotation est très faible (7,3% contre 29% dans le parc privé). L’ensemble du parcours résidentiel est rouillé : engorgement à chaque étage, « débordement à la chaîne » (Marie Guillaumin).

 

Conclusion : l’ampleur des difficultés comme le renouvellement constant des situations de mal-logement nécessitent de la robustesse

Ces constats appellent en effet une analyse solide et rigoureuse. Comprendre les évolutions est indispensable pour mieux cerner les besoins et adapter les réponses.

Et René Ballain d’insister :

Soyons prêts à déployer force et vigueur dans les missions d’Un Toit Pour Tous : la robustesse des études et de l’analyse soutient la qualité et la puissance de l’interpellation publique ainsi que la pertinence de tous les engagements de l’association, dont le projet associatif sera ré-activé prochainement.

Des temps forts à venir qui poussent à la mobilisation.