Après des années d’instabilité et de recherche de logement, Aimar a retrouvé un chez-soi grâce à l’accompagnement d’Un Toit Pour Tous. Il revient sur son parcours, les épreuves traversées et ce nouveau départ qui marque pour lui le début d’une reconstruction.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
J’ai 62 ans. Je travaille à temps partiel, et pour le reste je me débrouille. J’ai été marié, divorcé, j’ai trois enfants. J’ai eu un parcours professionnel de marathonien : cadre, puis cadre supérieur. Et puis vers 42 ans, les problèmes ont commencé, notamment pour garder un emploi stable. J’ai travaillé dans la microélectronique, puis en Espagne pendant quatre ans, où j’ai découvert l’agriculture biologique. Ça m’a beaucoup apporté, dans ma façon de voir la vie. Aujourd’hui, j’aimerais me rapprocher de la terre : agrumes, huile d’olive, amandes, céréales, avocats…
Pouvez-vous revenir sur votre parcours ?
J’ai commencé avec un CAP, puis j’ai suivi des formations en management à Grenoble avant d’intégrer une école de commerce vers 30 ans. Ensuite, j’ai évolué comme chef d’atelier puis manager. Mais comme je le dis souvent, on peut être un grand directeur et tomber très bas. En Espagne, à la suite de difficultés financières, je n’arrivais plus à payer mon loyer. J’ai vécu une situation très instable pendant près de dix ans. J’ai été hébergé chez des amis, j’ai dormi à l’hôtel mais aussi dans ma voiture. Aujourd’hui, tout ça est derrière moi.
Aviez-vous entrepris des démarches pour un logement social ?
Oui, mais on me répondait non, parce que j’étais seul et que la priorité était donnée aux familles. Jusqu’au jour où une assistante sociale a estimé que ce n’était pas normal qu’à mon âge je sois sans toit. Elle a repris tout mon dossier et s’est vraiment battue pour moi. Grâce à elle, mon dossier est arrivé chez Un Toit Pour Tous.
Comment s’est passé le contact avec Un Toit Pour Tous ?
J’ai été mis en contact avec Un Toit Pour Tous en 2025. J’ai reçu un appel d’Elise, travailleuse sociale. Je lui ai raconté mon histoire, mes dix années de galère, la dépression aussi… Parce que, comme je dis, on ne peut pas se reconstruire quand on vit avec une valise à la main.
Quand j’ai visité le logement, pour moi c’était un rêve. Tout venait d’être refait, ça correspondait exactement à ce que je cherchais. On a monté le dossier ensemble, et je sais qu’elle s’est battue pour moi. Un ou deux mois plus tard, elle m’a appelé pour m’annoncer que le logement m’était attribué. Là, c’était l’extase. Je suis passé de l’enfer au paradis.
Comment vous sentez-vous aujourd’hui dans votre logement ?
Très bien. Quand on n’a pas de chez-soi, tout est compliqué : cuisiner, s’organiser, vivre à son rythme… On dépend des autres, de leurs règles. J’ai même vécu chez quelqu’un qui ne supportait ni les chiens ni les enfants. J’ai été suivi psychologiquement aussi, et une assistante sociale m’avait dit : “vous ne pouvez pas vous reconstruire sans un toit”. Là, je me suis dit : ça y est, le chemin commence. C’est vraiment un nouveau départ.
Le logement est-il bien situé ?
Oui, c’est calme, avec des arbres, et ça j’aime beaucoup. Le tramway est à 10 minutes à pied, il y a une boulangerie à 500 mètres. C’est bien desservi.
Pouvez-vous décrire votre logement ?
C’est un appartement avec une chambre, une salle de bain et une cuisine. Simple, mais ça me correspond parfaitement.
Que pensez-vous de l’association ?
Elle mérite d’exister encore très longtemps. Elle aurait besoin de plus de soutien, de plus de gens qui s’y intéressent. Ceux qui ont les moyens pourraient investir là-dedans plutôt que dans des choses inutiles. Là, on touche à l’humain. Chaque jour vous redonnez de l’espoir. J’espère que dans 20 ou 30 ans, vous serez encore là, et encore plus nombreux.
Quelles sont vos perspectives ?
Sur le plan personnel, j’aimerais donner du temps au bénévolat. Quand on a été aidé, il faut rendre. Aider les autres, c’est une satisfaction, un acte d’humilité.
Et professionnellement, je veux travailler autour des produits de la terre. J’ai un projet de corbeilles solidaires avec des produits bio. Aujourd’hui, bien manger est devenu un luxe, et ça ne devrait pas être le cas.