À Grenoble, la production de logements très sociaux s’appuie aussi sur des partenariats avec les collectivités territoriales. Chaque année, la Ville contribue ainsi à l’acquisition réhabilitation de 10 à 15 logements en lien avec l’association Un Toit Pour Tous. Entretien avec François Molard, directeur général adjoint Ville Résiliente de la Ville de Grenoble, sur les enjeux du logement très social et la mobilisation du parc existant.
Le logement très social constitue un enjeu majeur pour Grenoble. Pouvez-vous nous éclairer sur les besoins identifiés sur le territoire ?
Les besoins sont aujourd’hui très importants et dépassent largement notre capacité de production. On compte environ 8 000 demandeurs de logements sociaux sur la ville, dont la moitié en première demande. Parmi eux, au moins la moitié relèvent des plafonds PLAI, donc du logement très social.
Enfin, il y a près de 4 500 personnes domiciliées au CCAS, souvent en situation d’hébergement chez des tiers (50%), en structure d’hébergement d’urgence ou à la rue, qui auraient besoin d’un logement autonome.
Si l’on agrège ces données, j’estime à environ 7 000 le nombre de logements nécessaires, sans même compter les situations de mal-logement ou d’inadaptation des logements existants. Le constat est clair : le besoin est massif et structurel, et il excède très largement la production actuelle.
En quoi la production de logements très sociaux, dans le diffus, comme le propose Un Toit Pour Tous, vous semble-t-elle pertinente ?
Ce modèle est particulièrement intéressant car il répond à plusieurs enjeux simultanément. D’une part, il permet de loger des ménages qui en ont le plus besoin. D’autre part, il contribue à remobiliser le parc existant, notamment les logements vacants ou très dégradés.
Aujourd’hui, un des principaux gisements pour produire du logement social se trouve justement dans ce parc existant. Le diffus permet d’agir de manière fine, sans attendre de grandes opérations d’aménagement.
C’est une approche qui mérite d’être largement développée, car elle est à la fois pragmatique et adaptée aux réalités du territoire.
Pourquoi ce mode de production est-il intéressant en complément des modèles classiques de logement social ?
Nous arrivons à un moment charnière. Les grandes opérations d’aménagement, comme celles des ZAC Flaubert ou Presqu’île, vont progressivement se raréfier dans les dix prochaines années. Les opportunités foncières de grande ampleur vont diminuer.
Dans ce contexte, le renouvellement et la transformation du parc existant deviennent essentiels. Une grande partie du parc des années 1960, par exemple, nécessite aujourd’hui une remise à niveau.
Le modèle porté par Un Toit Pour Tous s’inscrit pleinement dans cette logique. Il apporte aussi une dimension essentielle : l’accompagnement social des ménages.
Par ailleurs, la production globale de logements sociaux reste insuffisante face à la demande. Le secteur privé ne répond pas aux besoins des habitants les plus modestes. Dès lors, la réponse passe nécessairement par des formes de logement dites « publiques », allant du BRS (bail réel solidaire) jusqu’au logement très social.
Diversifier les modes de production, y compris avec des approches hybrides ou expérimentales, est donc indispensable.
Quels leviers pourraient permettre de développer ce type de projets ?
Le principal levier est collectif. Aucun acteur ne peut répondre seul à ces enjeux. Il est nécessaire de structurer un véritable plan de mobilisation à l’échelle du territoire.
Cela pourrait passer par un plan de mobilisation associant la Ville, la Métropole, l’EPFL, les bailleurs sociaux et des acteurs comme Un Toit Pour Tous. L’idée serait de contractualiser sur des objectifs communs, à la fois en volume de production et en engagement financier. Ce plan devrait s’inscrire dans la durée, sur au moins cinq ans, afin de stabiliser les actions et permettre de « lancer la machine ».
Il s’agit aussi de mieux organiser la mise en relation entre la demande très sociale et le parc à transformer. Le vieillissement du parc immobilier et les opportunités de vente constituent aujourd’hui un contexte favorable pour agir.
Enfin, il est important d’ouvrir le champ des possibles, en s’inspirant d’expérimentations menées ailleurs, comme certaines formes de coopération entre copropriétaires. Ces modèles hybrides, complémentaires du logement social traditionnel, peuvent aussi contribuer à répondre à la diversité des besoins.