La crise du mal-logement est une crise multidimensionnelle qui englobe d’autres facteurs de précarité : elle est à la fois économique, sociale, écologique.
En effet, le mal-logement ne se réduit pas uniquement à l’absence d’un logement personnel et durable. Ce fléau comprend aussi les difficultés d’accès à un logement, les mauvaises conditions d’habitation, la difficulté de maintien, et enfin les inégalités territoriales.
Les enjeux du mal-logement
C’est une situation qui se dégrade de plus en plus et dont les conséquences ne sont plus à prouver. Les personnes touchées par le mal-logement sont en forte hausse. Quelques chiffres, au niveau national, qui témoignent de cette dégradation évidente :
· 350 000 personnes mortes à la rue
· 900 personnes hébergées chez des tiers
· 25 000 ménages expulsés avec le concours de la force publique en 2024
· 35% des Français déclarent avoir eu froid dans leur logement au cours de l’année (source : Le Collectif les morts à la rue)
Ces chiffres sont d’autant plus alarmants qu’ils sont révélateurs d’une diversité de difficultés propre à chaque situation. Les personnes hébergées chez des tiers sont par exemple parfois soumises à des contreparties voire même à des violences sexuelles quant aux femmes. Il s’agit alors pour ces personnes de privilégier la situation la moins néfaste parmi des alternatives insatisfaisantes. L’hébergement chez des tiers est une roue de secours qui n’assure ni le confort ni le respect de l’intimité, et ne constitue en aucun cas un logement personnel qui permette réellement de se sentir « chez soi » avec toute la dignité que ce terme garantit. 10% des personnes vivent en situation de surpeuplement lorsqu’elles sont hébergées chez des tiers.
Le contexte politico-médiatique marqué par des instabilités récurrentes ne crée pas un terrain propice à la prise en compte de ce fléau et de ses variabilités par les pouvoirs publics. Cette inaction n’est pas sans conséquences puisqu’elle aggrave la situation, et ancre le problème dans la société. Près de 12 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté. Ainsi, l’accès au logement ne s’apparente plus à un droit élémentaire puisqu’il dépend aujourd’hui de ce qui hérité plutôt que de ce que les personnes gagnent.
Cette précarité se renforce et s’étend à d’autres publics. Les politiques sociales, elles, n’atteignent pas les personnes concernées. Parallèlement à la forte hausse des demandes de logements sociaux, la construction de logements est en baisse. Le nombre d’expulsions est également en forte augmentation, 2 000 enfants sont sans solutions d’hébergement en 2025. Par ailleurs, l’expulsion aboutit à une exclusion du logement qui s’inscrit dans la durée.
À l’échelle régionale, la situation est plus favorable, mais elle demeure tout de même préoccupante. Depuis 2019, la capacité d’hébergement a augmenté mais désormais les places ont tendance à stagner voire même à baisser dans certains territoires, comme en Isère.
Une baisse d’environ 5% entre 2023 et 2024 dans un contexte de besoin toujours plus important.
À Grenoble, le nombre de personnes domiciliées a augmenté de 60% en 3 ans, et pourtant, seulement un quart d’entre elles sont aujourd’hui hébergées en structure. Aussi, les ménages ne subissent pas les mêmes situations, certains sont en exil, d’autres en attente de régularisation administrative, mais un point commun les unit : l’absence d’un accès durable à un logement personnel.
Le mal-logement ne se réduit pas à l’absence de logement, mais comprend également des conditions de vie indignes. Le logement devient de moins en moins digne et de moins en moins abordable. La Région traverse une crise majeure de la construction avec un niveau historiquement bas, une chute de 40% depuis 2020 notamment dans le Rhône et en Isère. Les demandes, elles, ne baissent pas. En Isère, moins d’une demande sur 5 aboutit à une attribution.
Les politiques publiques du logement ne sont pas à la hauteur quant à la pluralité des enjeux à savoir la prévention d’expulsion, la construction et l’accès aux logement sociaux, etc.
Si le portrait social du mal-logement est cruellement sombre, les initiatives citoyennes, elles, continuent de semer l’espoir. Des collectifs citoyens et associatifs se mobilisent auprès des ménages concernés par le biais d’accompagnement administratif notamment. Les solutions proposées sont concrètes puisqu’elles sont prises à partir des expériences vécues des personnes. Dans cette perspective, l’enjeu est de soutenir ces collectifs alors qu’ils remédient à l’inaction étatique qui ne fait qu’aggraver le fléau.
Cerner et décrire le mal-logement
L’absence de logement conduit à des conséquences tragiques, selon le collectif Les morts à la rue, 24 enfants sont morts en 2024.
Mais les difficultés ne s’arrêtent pas une fois le seuil de la porte franchi, se pose également la question du maintien dans un logement qui devient de plus en plus difficile. En effet, l’aspect économique demeure la principale barrière. Le taux de pauvreté des locataires augmente, les aides sociales notamment l’APL sont de moins en moins significatives pour les ménages et les impayés des loyers conduisent à des expulsions toujours plus conséquentes.


Si des solutions alternatives existent, elles restent cependant précaires, et sont malgré tout subies par les personnes concernées, tout particulièrement les enfants qui sont victimes de stress et d’angoisse puisqu’ils grandissent dans un environnement dont les conditions ne sont pas satisfaisantes.


Zoom sur le dispositif LASUR :
L’association Un Toit Pour Tous, met en place un dispositif à destination des personnes ayant des démarches en cours pour une régularisation de leur situation mais ne disposant pas de droits ouverts pour l’accès au logement et/ou à l’hébergement d’insertion.
L’association travaille en synergie avec des collectifs citoyens puisqu’elle ne traite pas directement les demandes des personnes.
LASUR : Logement d’Attente pour Situations d’Urgence.
