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12 /14 de juin : L’intermédiation locative, un dispositif vital confronté à de nouveaux défis

Cet article rend compte des interventions des participants à la table ronde du 12/14, organisée par Un Toit Pour Tous, le 15 juin dernier à la Maison des associations à Grenoble. C’était le dernier 12/14 d’un cycle de trois autour des axes « piliers » de la politique nationale du logement d’abord, après les pensions de familles et la production de logements très sociaux.

Ce compte-rendu permet de prendre la mesure de cet important dispositif. Au vu des résultats acquis, il apparait être un outil de stabilisation pour les ménages en grande difficulté leur permettant ainsi de reconstruire un parcours résidentiel durable.

En 2025, 61 ménages ont été accompagnés en Intermédiation locative par le ôle social d’Un Toit Pour Tous (dont 26 en mandat de gestion et 35 en sous-location avec bail glissant), ce qui représente 138 personnes.

 

L’intermédiation locative : un dispositif d’accès au logement – Marie Guillaumin, responsable de l’Observatoire de l’hébergement et du logement d’Un Toit Pour Tous

L’intermédiation locative (IML) est un dispositif qui facilite l’accès au logement des personnes en situation de précarité par la mobilisation du parc privé. Son fonctionnement repose sur la coopération entre trois acteurs : le propriétaire du logement, un tiers social agréé par l’État – souvent une association –, et le ménage bénéficiaire. L’association joue un rôle d’intermédiaire entre le propriétaire et le ménage.

 

L’IML se décline en plusieurs modalités, regroupées en deux grandes catégories : les solutions temporaires et les solutions pérennes. La première correspond à l’IML en sous-location simple. Le ménage intègre le logement pour une durée limitée à 18 mois. Dans ce cadre, l’association est locataire du logement auprès du propriétaire et conclut un contrat de sous-location avec le ménage occupant. À l’issue de la mesure, le ménage doit quitter le logement. La deuxième catégorie regroupe les solutions plus durables. Elle comprend notamment l’IML en sous-location avec bail glissant. Le ménage entre d’abord dans le logement en qualité de sous-locataire, puis devient locataire en titre lorsque le bail lui est transféré. À la fin de l’accompagnement, comme tout autre locataire, il peut ainsi choisir de demeurer dans le logement ou de le quitter. Enfin, l’IML peut prendre la forme d’un mandat de gestion. Dans ce cas, le ménage signe directement un bail avec le propriétaire à l’entrée sur la mesure, et devient immédiatement locataire du logement, tandis que l’association assure une mission de gestion locative et d’accompagnement social.

Étude sur les parcours des ménages en IML : des parcours de vie marqués par la précarité et les ruptures – Maud Ray, chargée d’études à l’Observatoire de l’hébergement et du logement d’Un Toit Pour Tous

Si les travaux consacrés à l’intermédiation locative existent, ils portent généralement sur son fonctionnement ou ses modalités de financement, laissant les parcours des ménages bénéficiaires encore peu étudiés. C’est à ce dernier aspect qu’est consacrée cette étude cofinancée par plusieurs acteurs (DREETS PACA, FAPIL nationale, FAPIL AURA, ASL42, OHL-UTPT), avec pour ligne directrice la question suivante : quelles sont les plus-values de l’intermédiation locative dans le parcours des ménages qui en bénéficient ?

Cette étude, menée sur plusieurs territoires, montre qu’il n’existe pas de profil type des personnes accompagnées. Les ménages sont très divers : personnes seules, familles monoparentales, couples avec enfants, personnes âgées ou personnes ayant connu un parcours migratoire. Malgré cette diversité, un point commun émerge : tous les ménages ont connu une rupture de parcours qui a rendu l’accès au logement classique particulièrement difficile.

Ces ruptures peuvent être liées à une perte d’emploi, une séparation, un endettement, des problèmes de santé, un passage par l’hébergement d’urgence ou une absence de logement personnel. L’étude met également en évidence l’importance de l’accompagnement proposé dans le cadre de l’IML. Bien qu’initialement centré sur le logement, celui-ci s’étend souvent à d’autres dimensions de la vie quotidienne, comme l’accès aux droits, le budget, la santé ou l’insertion professionnelle. L’IML apparaît ainsi comme un outil de stabilisation qui permet aux ménages de reconstruire progressivement un parcours résidentiel durable.

 « Vit-on la mort ou la survie de l’IML ? » : les inquiétudes du secteur associatif face aux contraintes budgétaires et aux enjeux actuels – Chrystel Tarricone, Groupement des Possibles / Martin Larible, France Horizon

La situation actuelle de l’intermédiation locative s’inscrit dans un contexte plus large de fragilisation du secteur de l’accompagnement social, de l’hébergement et du logement. Les restrictions budgétaires annoncées récemment par l’État affectent l’ensemble des dispositifs destinés aux personnes en situation de précarité et viennent accentuer les difficultés déjà rencontrées par les associations, alors même que les besoins des ménages ne cessent d’augmenter.

Concernant l’IML, les annonces budgétaires prévoient une réduction significative des mesures dès ce milieu d’année 2026 en Isère.

Parallèlement à ces fermetures de places, l’objectif affiché est de réduire la part des logements mobilisés dans le parc social afin de revenir à une proportion de l’ordre de 10 %, contre environ 40 % actuellement. Cela ne manquera pas de poser des problèmes de captations, ces dernières étant plus difficiles dans le parc privé que dans le parc public. Certaines associations disposent certes de compétences quant à la prospection et la mobilisation de logements privés, mais elles ne bénéficient pas pour autant de financements dédiés, et ces activités reposent sur leurs propres moyens. Par ailleurs, la captation de logement dans le parc privé soulève plusieurs aspects : le coût des logements mobilisés, le niveau des loyers proposés, et leur accessibilité pour des ménage dont la situation financière est souvent peu favorable. La capacité de l’intermédiation locative à répondre aux besoins des publics est conditionnée par tous ces aspects. Il est également nécessaire de convaincre davantage de propriétaires à mettre leur bien à disposition, de trouver des logements financièrement accessibles et de disposer des moyens humains nécessaires pour développer cette activité.

Ces coups assénés à l’IML vont à contre-courant des besoins des ménages sur le territoire : près d’une centaine de ménages, au moment du 12-14, étaient déjà en attente d’une solution d’intermédiation locative sur le territoire isérois. Alors que l’accès au logement pour les plus précaires est difficile, cette diminution du nombre de places disponibles ne fait qu’accentuer les difficultés.

Les acteurs du secteur s’interrogent également sur la capacité des associations à absorber ces changements alors qu’elles sont déjà fragilisées par le contexte économique et budgétaire.

 « Accéder à un logement, ce n’est pas une fin en soi » : l’accompagnement social en IML – Soutenir et stabiliser / Julie Cantone, responsable du pôle social d’Un Toit Pour Tous

L’accompagnement social constitue l’une des principales forces du dispositif d’intermédiation locative. L’objectif poursuivi dépasse la simple mise à disposition d’un logement : il s’agit de permettre aux personnes de s’y installer durablement, de retrouver une stabilité tout en se sentant véritablement chez eux.

En 2025, 61 ménages ont été accompagnés dans le cadre de l’IML par Un Toit Pour Tous. Derrière ces données quantitatives, il y a des situations très diverses. Près de 40 % des ménages sont des familles monoparentales, principalement des femmes avec enfants. Les personnes seules représentent également une part importante du public accompagné. La majorité des ménages est âgée de 41 à 50 ans.

Parmi les ménages accompagnés, nombreux sont ceux qui ont connu des ruptures de parcours, et se sont retrouvés sans domicile fixe avec des solutions passagères et instables. De nombreux ménages présentent également des situations d’endettement. Ces problématiques d’endettement constituent souvent un frein à l’accès au logement de droit commun, car elles compromettent l’acceptation du dossier en commission d’attribution des bailleurs sociaux. L’accompagnement débute avant même l’entrée dans le logement et se poursuit aussi longtemps que nécessaire afin que les personnes puissent se stabiliser. Une fois le ménage installé, l’accompagnement porte d’abord sur les questions liées au logement : compréhension des contrats, gestion des charges, ouverture des compteurs, droits et obligations du locataire, relations avec le bailleur, le voisinage et gestion matérielle du logement. La gestion budgétaire constitue également un enjeu majeur. Plus d’un ménage sur deux nécessite un accompagnement dans ce domaine, notamment en raison de faibles ressources ou de situations d’endettement antérieures. En réalité, les besoins dépassent amplement le seul enjeu du logement, puisqu’il devient concrètement à la fois un point d’ancrage et un levier à partir duquel différents aspects de la vie quotidienne sont traités. Bien que l’accompagnement soit assuré tant qu’il est nécessaire, les six premiers mois demeurent les plus mobilisateurs, avec une diminution progressive à mesure que la situation se stabilise pour qu’in fine une autonomie de locataires puisse émerger.

Certains accompagnements se prolongent plusieurs années lorsque cela apparaît nécessaire pour sécuriser le maintien dans le logement. Par ailleurs, un dispositif de gestion locative adaptée permet de maintenir une veille sociale auprès des ménages logés, y compris après la fin de l’accompagnement principal. Certaines situations restent néanmoins particulièrement complexes. Quelques accompagnements se sont conclus par une expulsion locative ou une rupture de parcours. Ces situations sont révélatrices des limites de l’accompagnement face à des problématiques complexes, d’où la nécessité de renforcer la synergie entre les différents acteurs afin de prévenir les ruptures et proposer des solutions à partir des besoins constatés.

En effet, la principale force de ce dispositif réside précisément dans sa capacité à combiner à la fois la mise à disposition d’un logement qui garantit la stabilité et l’accompagnement qui permet progressivement l’insertion sociale des familles ainsi que l’autonomie.