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Entre précarité et insécurité, le difficile parcours des femmes dans le logement

Dans le cadre de sa contribution au travail de l’association Un Toit Pour Tous en faveur de la résorption du mal-logement, l’Observatoire de l’hébergement et du logement a publié en décembre 2022 une étude intitulée « femmes et mal-logement». Elle s’intéresse à la manière dont les inégalités de genre et les conséquences du mal-logement s’articulent et pèsent plus particulièrement sur les femmes, les difficultés et besoins particuliers auxquels cela donne lieu, et comment les politiques publiques et locales en tiennent compte.

Toute situation de précarité face au logement est une épreuve. Plus encore pour les femmes, face à la pression de l’insécurité, dans la rue, dans le bidonville, voire chez un tiers. Comment se protéger dans ces espaces de non-droit ? L’indignité subie est encore majorée quand elles ont charge d’enfants : comment assumer sa fonction de mère quand on ne dispose d’aucun domicile fixe ?

Insécures dans la rue

Les femmes sans domicile restent moins nombreuses que les hommes. En apparence ? La réalité est sans doute masquée par le fait qu’elles recourent plus que les hommes aux structures d’hébergement ou à diverses « stratégies d’évitement ». D’une manière générale elles font en sorte de se rendre moins visibles dans la rue et d’éviter les lieux fréquentés par les hommes, comme les accueils de jour ou les douches publiques. Souvent privées de sommeil par la peur ou en devoir de s’occuper de leurs enfants malgré tout, toujours sur leurs gardes, elles subissent en outre une grande fatigue.

Maîtresses et esclaves du bidonville

Dans les bidonvilles, les tâches des femmes sont plus chronophages, énergivores et pénibles. Implicitement tenues à leurs responsabilités de mères et d’épouses, elles mènent le combat quotidien de l’hygiène et de l’éducation et sont érigées en porte-paroles de la famille auprès des professionnels de l’aide. Le poids écrasant des charges entrave leur capacité à s’intégrer dans la société et à travailler. Ce dès le plus jeune âge, les grandes sœurs s’occupant des plus petits, au détriment de leur scolarité. Une autre difficulté majeure est le rapport au corps dans un espace où aucune intimité n’est permise. Soumises à une multitude d’injonctions, les femmes sont assignées à une fonction servicielle et reproductive. Sur fond de drogues, d’alcool et de violences sexuelles, devoir prendre soin des autres requiert une énergie énorme. Dans ce contexte, l’accès au logement apporte une protection au regard de la loi, en permettant à la femme de redevenir visible aux yeux de la société.

Rapport dominant-dominée chez un tiers

La personne accueillie dépend de l’hospitalité de l’accueillant. La relation est biaisée. Une femme hébergée chez un homme vit la situation comme gênante, une atteinte à sa pudeur, notamment dans l’usage des communs. Pour fuir une proximité quotidienne subie, la femme va passer le plus de temps possible à l’extérieur : une contradiction avec l’idée de « mise à l’abri ». L’hébergement chez un tiers induit en outre l’idée de dette : elle se traduit par des par des tâches domestiques ou par des relations sexuelles qui renvoient les femmes à leur sentiment d’indignité.

L’absence de logement, facteur d’entrée dans la prostitution, obstacle pour en sortir

Source de revenu ou promesse d’un toit, les femmes seules privées de logement personnel tombent parfois dans l’engrenage de la prostitution, seule solution identifiée pour subvenir à ses besoins et à ceux des enfants restés dans le pays d’origine le cas échéant. Le « Parcours de sortie de la prostitution [PSP] » engage les femmes à « faire leurs preuves » pendant des mois, sans compensation financière ni proposition d’hébergement. Même à l’issue, hormis quelques dispositifs marginaux, la question du logement, pourtant cruciale, reste un impensé. À la multitude d’obstacles s’ajoute pour beaucoup la précarité de leur autorisation provisoire de séjour. C’est un cercle vicieux. Sans logement, l’insertion professionnelle est difficile ; sans emploi, l’espoir de renouvellement du titre de séjour s’amenuise…

Entre injonction à l’intégration et souci d’une immigration contrôlée (« ne pas créer un appel d’air migratoire »), la loi de 2016 renforce les conditions d’accès au précieux sésame, tout en oubliant l’essentiel : faciliter l’accès au logement. C’est un véritable angle mort de la lutte contre le système prostitutionnel.

Voir le replay du 12-14 de septembre 2022 : Les femmes privées de domicile personnel

Les cahiers de l’Observatoire –  Cahier n°11, décembre 2022