Après cinq années à la présidence d’Un Toit Pour Tous, Michelle Daran a démissionné afin de se consacrer pleinement à ses et de nouvelle présidente d’ACTIS. Alors que Paul Coste vient d’être élu à la tête de l’association, elle revient sur les temps forts de son mandat, les avancées réalisées et les enjeux qui attendent Un Toit Pour Tous.
Comment avez-vous rejoint Un Toit Pour Tous et quel a été votre parcours au sein de l’association ?
À l’époque, j’étais chargée de recherche et je travaillais déjà sur les questions sociales et de logement, notamment aux côtés de René Ballain, actuel président de l’Observatoire de l’hébergement et du logement. Dans le cadre d’un travail auprès des bailleurs sociaux nous avions développé l’idée de créer une véritable fonction de médiation sociale au sein des offices HLM, qui soit plus globale et dépasse les seules questions de difficulté financières des ménages. J’étais donc déjà familière des questions de logement. Après un séjour à l’étranger, j’ai repris contact avec René Ballain et c’est ainsi que je suis entrée à Un Toit Pour Tous, en participant aux travaux de l’Observatoire, autour de 2010. Progressivement, on m’a proposé d’intégrer le conseil d’administration puis le bureau d’Un Toit Pour Tous. À cette époque, Michel Delafosse en assurait la présidence. Je me suis surtout impliquée sur les questions d’écriture, de production de connaissance, d’interpellation et les actions de communication.
Qu’est-ce qui vous a motivée à prendre la présidence ?
C’est toujours difficile de dire pourquoi on accepte une présidence. Souvent, on l’accepte parce que les autres viennent vous chercher. Au départ, cela représente une charge importante. On s’interroge sur sa capacité à assumer le temps, l’investissement et la présence que cela demande. J’ai toujours aimé observer, participer, contribuer, sans forcément être au premier plan. Pourtant, je ne regrette absolument pas d’avoir accepté cette responsabilité. Elle m’a permis de découvrir l’ensemble des métiers d’Un Toit Pour Tous et de comprendre comment toutes les actions s’articulent : la réhabilitation des logements, l’accompagnement social, l’accès au logement des personnes en difficulté.
Comment s’est passée votre prise de fonction ?
Lorsque je suis arrivée, je me suis interrogée sur la place réelle de la présidence. Un Toit Pour Tous avait connu plusieurs présidents très identifiés et très présents. Je me demandais si la fonction n’était pas uniquement symbolique. J’ai rapidement constaté que ce n’était pas le cas et que la fonction avait une réelle utilité. Arthur Lhuissier, directeur général, a accompagné la transition entre Andrée Demon (la précédente présidente) et moi dans une période particulièrement complexe marquée par la crise du Covid. Nous avons alors trouvé un bon équilibre de fonctionnement et partagé la même vision de l’association.
Quelle a été votre ligne directrice durant votre présidence ?
Pour moi, la mission était simple et claire : produire du logement pour les personnes les plus défavorisées. Nous sommes là pour mettre un toit sur la tête de celles et ceux qui en ont besoin, comme l’indique le nom de l’association. Tout doit contribuer à cet objectif. Cette ambition suppose de faire travailler ensemble des métiers très différents. Un Toit Pour Tous rassemble aujourd’hui plusieurs structures, plusieurs compétences et plusieurs cultures professionnelles. Cette diversité est une force, mais elle comporte aussi un risque : celui de la dispersion. L’enjeu est donc de maintenir une unité forte entre tous les métiers. Il faut que chacun, qu’il travaille dans la maîtrise d’ouvrage, dans l’accompagnement social ou à la comptabilité, garde en tête la finalité commune. Les réalités économiques, techniques et humaines sont parfois complexes, mais elles doivent toujours être articulées autour du même projet. C’est pourquoi la cohésion de l’ensemble et la clarté de la gouvernance me semblent essentielles.
Qu’est-ce qui fait, selon vous, la singularité d’Un Toit Pour Tous ?
C’est une association qui fait preuve d’une grande ingéniosité, à la fois financière et sociale. Elle a la chance de pouvoir compter sur des bénévoles extrêmement compétents, qu’il s’agisse d’économistes, de spécialistes des questions financières ou de personnes apportant des expertises très diverses. Cette richesse humaine est une force considérable. Pour ma part, j’ai toujours essayé de faire le lien entre toutes ces compétences, d’avoir une vision transversale et de voir, chez chacun, ce qui pouvait contribuer à l’œuvre commune. C’est cette capacité à mettre en cohérence des savoir-faire différents qui permet à l’association d’avancer.
Selon vous, comment UTPT a-t-elle évolué au cours de ces dernières années ?
J’ai eu le sentiment d’accompagner une transformation importante de l’association. À mes yeux, elle est passée d’une grande association militante, déjà efficace, à une véritable « entreprise sociale », sans rien perdre de sa capacité à se rebeller, à interpeller la société et à défendre les plus défavorisés. J’ai vécu cette période comme une évolution positive : une professionnalisation qui a permis de mieux travailler ensemble, d’améliorer les conditions de travail et de renforcer l’efficacité collective tout en restant fidèle aux valeurs de l’association.
Y a-t-il une réalisation dont vous êtes particulièrement fière ?
Le passage de 17 à 35 logements produits par an, avec une progression qui devrait bientôt nous conduire à 40 logements. Pour moi, ce chiffre est révélateur. Il montre que la machine fonctionne, que les partenaires sont présents, que les financements suivent et que les équipes sont mobilisées. Je suis également fière du développement global de l’association : près de 50 salariés, plus de 800 logements, une coopérative renforcée et un projet qui continue de grandir sans perdre son âme associative.
Je suis également heureuse de constater que cette croissance ne s’est pas faite au détriment de l’esprit d’origine. L’association a grandi, tout en conservant sa dimension profondément sociale et sa capacité d’expérimentation. Elle continue à porter des propositions parfois hors des sentiers battus, comme MALU ou LASUR, et à inventer de nouvelles réponses face aux besoins émergents. Cette faculté à innover tout en restant fidèle à sa mission me paraît essentielle.
Le bénévolat occupe une place importante à Un Toit Pour Tous. Quel regard portez-vous sur cette diversité des engagements ?
L’une des grandes richesses d’Un Toit Pour Tous, c’est son bénévolat. En devenant présidente, j’ai découvert toute la diversité des engagements qui font vivre l’association. Certains bénévoles s’impliquent dans la gouvernance, d’autres accompagnent les locataires ou participent à des actions très concrètes sur le terrain. Il y a également des adhérents qui soutiennent le projet sans être actifs au quotidien, et leur engagement est tout aussi important. J’ai été frappée par la qualité humaine, les compétences et le sérieux de toutes ces personnes. Un Toit Pour Tous offre une véritable palette de manières de s’impliquer, et chacun trouve sa place pour contribuer, à sa façon, à la réussite de l’œuvre collective.
Comment envisagez-vous la suite de votre engagement, maintenant que vous êtes élue localement ?
Je reste adhérente de l’association, ce qui est important pour moi. Mon engagement associatif, comme mes autres formes d’engagement dans la vie publique, procède d’une même volonté : participer à la construction de la société. J’ai toujours essayé de porter une approche à la fois exigeante sur les questions de justice sociale et attentive aux contraintes concrètes de l’action. Il me semble important de dépasser les postures d’opposition pour chercher des solutions réalisables et durables.
Vous avez également travaillé sur la notoriété de l’association. Pourquoi était-ce important pour vous ?
Il me semblait essentiel qu’Un Toit Pour Tous soit mieux identifié et reconnu pour ce qu’elle fait réellement. La communication de l’association a beaucoup évolué durant ces dernières années dans ce sens. Nous avons aussi veillé à distinguer davantage ce qui relève de la communication institutionnelle de ce qui relève de l’animation ou de la vie associative. Cette clarification était importante pour renforcer la visibilité, la crédibilité et la notoriété d’Un Toit Pour Tous, tout en restant fidèles à nos valeurs et à notre manière d’agir.
Avec le recul, avez-vous un regret ou quelque chose que vous auriez aimé faire davantage ?
J’aurais aimé mieux connaître l’ensemble des salariés de l’association. J’ai plutôt travaillé beaucoup avec les responsables de service et j’ai finalement eu moins de liens directs avec certains métiers, comme les travailleurs sociaux ou les métiers de la production. Et j’aurais aimé être davantage dans le collectif au quotidien. La fonction de présidente demande beaucoup de temps et je n’en avais sans doute pas autant que je l’aurais souhaité pour être présente auprès de tous.
Que souhaitez-vous pour Un Toit Pour Tous dans dix ans ?
J’aimerais qu’Un Toit Pour Tous soit reconnu comme l’opérateur incontournable du logement des plus défavorisés sur le territoire grenoblois. Je souhaite que l’association soit pleinement identifiée pour sa capacité à produire des logements, à les gérer, à accompagner les personnes qui y accèdent et à porter une parole reconnue sur les questions de logement. Et je sais qu’elle continuera à se développer tout en restant fidèle à sa mission initiale et à ses valeurs.